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VACCINS ANTI-COVID: entre peur, espoir et fake news, nous faisons le point avec les Médecins et Professeurs chefs de services du CHU de Rennes

CHU Pontchaillou (Google map) -AGENDAOU

Alors que tout le monde espère sortir au plus vite de la crise sanitaire, il nous semble important de faire le point sur la vaccination.
Entre espoirs et inquiétudes, les chefs de services du CHU de Rennes font acte de pédagogie.

Vaccination, de quoi parle-t-on ?

La vaccination a trois siècles. Le fait de se faire vacciner fait que même si l'exposition persiste, on n'a plus -ou presque plus- de cas de la maladie contre laquelle on se protège.
Aussi, 11 vaccins sont obligatoires en France:
Diphtérie, tétanos et poliomyélite (DTP): ces maladies étaient responsables de milliers de morts chaque année en France;
Coqueluche: très dangereuse pour les nourrissons;
Méningite à Haemophilus influenzae de type B;
Hépatite B;
➭Infections invasives à pneumocoque;
Méningocoque de sérogroupe C;
Rougeole, oreillons et rubéole.

Le SARS COV-2

Cette maladie récente a mis à mal notre système de santé. Elle affecte surtout les personnes les plus âgées, mais peut avoir des répercutions sur les personnes "non à risque" en cas de saturation des hôpitaux.
C'est une maladie qui tue trois fois plus les personnes de plus de 50 ans que la grippe en milieu hospitalier.

Pourquoi se faire vacciner contre le SARS COV-2 ?

Chaque nouveau médicament fait l'objet d'une évaluation des risques par rapport aux bénéfices apportés. Tous les médicaments ont des effets secondaires, il suffit de lire les notices d'utilisation pour s'en apercevoir.
Pour le vaccin, la question est donc de savoir si l'avantage de la vaccination est supérieur au risque des effets secondaires.
Pour le Dr Cédric Arvieux, "dans les populations qui sont à très haut risque de complications comme les personnes très âgées ou les personnes qui ont des facteurs de risque de formes graves, la vaccination contre la COVID-19 sera d'un grand bénéfice".
Pour le Dr Emmanuel Piednoir, "il apparaît clairement que le bénéfice attendu individuel ou sociétal lié à l'immunité de groupe est nettement supérieur aux effets indésirables connus."
Pourquoi se faire vacciner? par le Dr Cédric Arvieux
Les bénéfices risques par le Dr Emmanuel Piednoir

Comment ce vaccin a-t-il pu être développé aussi rapidement ?

En temps normal, le processus habituel de développement d'un vaccin prend entre 10 et 15 ans.
Pour le SARS COV-2, toutes les étapes ont été réalisées de manière beaucoup plus rapide que la procédure habituelle.
Le Pr Tattevin explique  "qu'à chaque fois qu'une étape semblait bien engagée, les développeurs sont passés à l'étape suivante sans attendre le bilan final".
Il y avait plus de 200 candidats vaccins en développement au cours de l'année 2020. Ils étaient interrompus lorsque le bilan final d'une étape n'était pas satisfaisant.
Les chercheurs ont aussi pu utiliser les données établies lors de l'épidémie du SARS COV-1 en 2003 pour cibler une stratégie.

Le vaccin qui est proposé actuellement en France a satisfait à toutes les étapes de développement du vaccin. Il y a eu beaucoup de collaboration des services publics et privés, ce qui est une très bonne nouvelle.

Comment ce vaccin a-t-il pu être développé aussi rapidement ? par le Pr Pierre Tattevin

Quelle est l'efficacité du vaccin des laboratoires Pfizer BioNTech?

Ce n'est pas tout d'avoir un premier vaccin, encore faut-il qu'il soit efficace.
L'étude du vaccin BNT162b2 mRNA a porté sur 44.000 patients de plus de 16 ans, un nombre conséquent.
La méthode classique consiste à comparer un groupe vacciné avec un groupe auquel on injecte un placébo -neutre par définition- sans que les personnes tests ne sachent à quel groupe elles appartiennent.
Il y avait dans les deux groupes une forte proportion de patients de plus de 68 ans, qui correspond à la population la plus vulnérable.
100 jours après la première injection, 162 patients n'ayant pas reçu le vaccin ont développé la maladie, contre 8 cas parmi les personnes vaccinées (95% d'efficacité).
Ce vaccin est très efficace pour les patients de plus de 65 ans.

Ce vaccin a bénéficié d'une étude très robuste incluant un très grand nombre de patients. Son efficacité est remarquable, puisqu'elle atteint les 95%. La tolérance est excellente et identique à celle qu'on connaît pour les autres vaccins. Il s'agit là d'un réel espoir dans la lutte contre l'épidémie et la protection des plus fragiles.

Quelle est l'efficacité du vaccin des laboratoires Pfizer BioNTech? par le Pr Matthieu Revest

La vaccination chez les personnes âgées

L'efficacité du vaccin est prouvée pour prévenir le développement de la maladie.
Chez les personnes très âgées touchées par la COVID-19, la mortalité est de 35%, ce qui est considérable. En tant normal, 13% des décès ont lieu en EHPAD contre 31% depuis la COVID-19. La balance bénéfices-risques est donc très en faveur de la vaccination chez les personnes âgées.

Les quelques données sur les effets indésirables laissent supposer que les effets secondaires seraient moins fréquents chez les personnes âgées.

L'acceptation est un peu différente des autres vaccins en raison de la précocité des résultats publiés.
La vaccination chez les personnes âgées et l'acceptation par le Pr Dominique Somme

Un suivi des effets indésirables après l'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM)

Les effets indésirables graves ou inattendus, mais aussi les erreurs médicamenteuses (surdosage, mélange de vaccins) seront déclarés au Centre Régional de Pharmacovigilance.
Les déclarations seront analysées puis expertisées au niveau national en regard des informations déjà recueillies au plan international.
Une publication hebdomadaire des données sera faite sur le site de l'Agence Nationale de Sécurité des Médicaments afin d'assurer la totale transparence.

S'il y avait détection de signaux de sécurité avec un vaccin, alors il y aura une évaluation du bénéfice et du risque avec une prise de mesures adaptées.

Pharmacovigilance des vaccins contre la COVID-19 par le Dr Elisabeth Polard


Philippe Le Roy

Publié le