Zone grise en présence de la réalisatrice Liza Guillamot, Projection-débat à Dinard
Dinard
En huis clos dans une école de police, Zone grise se propose d'interroger la vocation des jeunes recrues qui ont choisi de se mettre au service de la population.
L'anonymat imposé est respecté grâce à des logiciels issus des bases détournées de la vidéosurveillance, afin de livrer ici une vérité qui nous est inaccessible, celle de l'institution.
Lauréat du Prix Sacem de la meilleure musique originale au Fipadoc, Zone grise se distingue autant par sa forme —qui fait de l’IA un outil pertinent— que par la question de société majeure qu’il affronte.
En filmant pendant un an la formation de futurs policiers, Liza Guillamot montre que la doctrine, si décriée, du maintien de l’ordre "à la française" se dessine déjà dans les fondements mêmes de l’apprentissage en école de police.
La réalisatrice
Parallèlement à des études universitaires de recherche en cinéma, Liza Guillamot intègre les plateaux de tournage comme assistante à la mise en scène, poste qu’elle occupera pendant une vingtaine d'années avant de se consacrer à l’écriture et la réalisation de ses propres projets. Elle réalise d'abord plusieurs clips musicaux et des créations vidéo en live pour des musiciens ou des festivals. En 2016, elle tourne le documentaire Distortion Minds: Antoine est avant tout un jeune homme qui se questionne, parfois avec une certaine angoisse: comment faire pour prévoir maintenant ce qui viendra après? Comment apprendre des choses qui lui seront utiles toute la vie? Comment avoir le temps de s’ennuyer? La réalisatrice nous emmène dans la tête d’Antoine.
Liza Guillamot a souvent été confrontée à la police du côté des manifestants. Pour mieux comprendre les comportements de ceux qu’elle observait sans pouvoir les rencontrer, elle a souhaité "aller à la racine des potentiels problèmes" en installant sa caméra dans une école de police.
Après trois ans de repérage, elle filme la formation d’un an de gardien de la paix et révèle les mécanismes par lesquels l’institution policière façonne ses jeunes recrues, les conditionnant à un exercice discipliné de la violence au nom du maintien de l’ordre. Dans un entretien avec le média Flux 4, elle déclare «Huis clos, c’est absolument ça. J’ai l’impression que les images de ce qui se passe dans nos rues on l’a beaucoup aujourd’hui dans les médias…Ce qui nous manque c’est ce qui se passe avant, l’aspect fermé et secret de l’institution.»
La séquence en négatif intervenant vers la fin de Zone grise insiste sur le basculement des recrues: les individualités du début se fondent en un bloc uniforme, marchant au pas. Elles sont la police désormais.