Voyages en Abstraction, Exposition Olivier Debré à la Villa Les Roches Brunes Dinard
Dinard
Du 29 juin au 2 novembre 2025, la ville de Dinard présente à la Villa Les Roches Brunes sa nouvelle exposition consacrée à Olivier Debré (1920-1999), figure française majeure de l’abstraction lyrique d’après-guerre.
Cette exposition propose un regard intimiste sur l’itinéraire du peintre en évoquant les évolutions successives de son voyage au cœur de l’abstraction.
Organisée selon un parcours chrono-thématique, l’exposition évoque, par une sélection de plus de soixante-dix œuvres conservées au sein de collections privées et publiques, les nouvelles voies explorées par l’artiste depuis ses premières peintures «de guerre» et ses tableaux maçonnés des années 1950 jusqu’à l’abstraction fervente qui le définit.
Tout au long de ses voyages, sa vision nous offre une plongée dans les formes et les couleurs et un effacement du traditionnel paysage au profit de la transcription d’une perception:
Quand je suis comme le vent, comme la pluie, comme l’eau qui passe, je participe à la nature et la nature passe à travers moi.
Si l’artiste ne cesse d’explorer de nouvelles sensations au cours de séjours à l’étranger, du désert de Jordanie aux fjords de Norvège en passant par le Taj Mahal ou le Japon, sa quête picturale privilégie aussi les environs de la maison familiale en Touraine comme en témoignent les larges formats peints au bord de la Loire.
Bien au-delà de son qualificatif de peintre abstrait, Olivier Debré bouleverse le rapport du spectateur à la peinture. Il cherche dans ses œuvres singulières à toucher «le quotidien de la vie la plus commune».
- Commissaire de l’exposition: Laura Goedert
- Collaboratrice scientifique: Françoise Wasserman
- Visuel Olivier Debré à Shangaï © ADAGP, 2025, Photo Marc Deville // Olivier Debré, Rouge des Hauts, 1959, Huile sur toile 140 x 149 cm, Collection particulière © Béatrice Hatala/ ADAGP, Paris 2025 // Portrait d’Olivier Debré, 1991 © F.Poivret, cccod, Tours // Olivier Debré, Vert jaune tache rose, Kiyharu, 1991, Huile sur toile, 100 x 100 cm, Collection particulière © Béatrice Hatala / ADAGP, Paris 2025
Olivier Debré en quelques dates
- 1920 - Olivier Debré est né le 14 avril, à Paris, dans une famille de médecins et d’artistes. Son père est le célèbre pédiatre Robert Debré (fils du grand rabbin Simon Debré) et sa mère est la fille du peintre Edouard Debat-Ponsan (1847-1913). Dès l’âge de six ans, il peint, sculpte et dessine. «Cela me paraissait mon mode d’expression naturel. J’étais à l’aise». Il passe toutes ses vacances dans les propriétés familiales de Touraine; à Nazelles, près d’Amboise, puis à Vernou-sur-Brenne, au domaine Les Madères où, adulte, il installe son atelier.
- 1938 - Il est admis à l’École des Beaux-Arts de Paris, section architecture, et entre dans l’atelier de son oncle Jacques Debat-Ponsan, Premier Grand Prix de Rome
- 1939-1945 - Tout en s’engageant avec son père et son frère Michel dans les mouvements de la résistance, Olivier Debré ne cesse de peindre, à Paris, en Touraine et sur les bords de la Garonne. Ses premières toiles figuratives d’esprit impressionniste sont exposées rue de Seine, dans la galerie de Georges Aubry. Elles attirent l’attention de Picasso. Au cours de l’hiver 1942-1943, les rencontres avec ce dernier vont jouer un rôle déterminant et orienter la peinture de Debré vers l’abstraction. En 1945-1946, il installe son atelier à Cachan, en région parisienne, où il peint et dessine le choc qu’il ressent face aux horreurs de la guerre et la découverte des camps de concentration. Naissance de son fils Patrice en 1945.
- 1947-1949 - Il se détourne de l’histoire événementielle et multiplie dessins et toiles de grandes dimensions. Le Concert Champêtre ou Grande brune, achevé en 1952, marque l’abandon du thème de la guerre au profit d’un retour à la couleur. Première exposition personnelle à la galerie Bing en 1949. La même année, Olivier Debré est invité pour la première fois au Salon d’automne. En cette fin de décennie, il découvre l’abstraction de Hans Hartung, Pierre Soulages, Serge Poliakoff, Maria Elena da Silva ou encore Nicolas de Staël.
- 1950 - Tout en participant régulièrement aux Salons artistiques parisiens (dans lesquels il côtoie Geneviève Asse, Jean Messagier, Serge Poliakoff ou Zao Wou- Ki), Olivier Debré s’expose pour la première fois outre Atlantique, à New-York. Le peintre travaille au couteau, construisant des œuvres abstraites avec de larges empâtements qui créent une surface maçonnée. Conjointement à ses recherches picturales, il découvre les multiples voies offertes par la lithographie ; une technique qu’il ne cessera de pratiquer jusqu’à son décès. C’est également l’époque des «Signes-personnages», évocations abstraites de la figure humaine. Naissance de sa fille Sylvie.
- 1957 - Olivier Debré figure «désormais en bonne place parmi les chefs de file de l’École de Paris». Il participe à l’exposition collective Cinquante ans de peinture abstraite à la galerie Creuze et il est invité pour la première fois au Salon des réalités nouvelles.
- 1959 - Olivier Debré rencontre Mark Rothko lors de sa première exposition personnelle à la Knoedler Gallery à New-York. Il rencontrera une seconde fois le maître du Color Field painting en 1963.
- 1960 - Les années soixante correspondent à une période charnière dans l’œuvre d’Olivier Debré dont le paysage devient le sujet privilégié. Il peint le plus souvent en extérieur, au contact de la nature, que ce soit au cours de ses nombreux voyages ou à proximité de ses ateliers. La physionomie de ses œuvres se modifie: il éclaircit sa palette et cherche à amincir la couche picturale. Son geste souple oriente le traitement de la matière vers plus de fluidité à travers des formats d’abord carrés puis étirés. Au cours de la même décennie, il pratique aussi la sculpture et conçoit des Signes-personnages à destination de l’espace public.
- 1963 - Double exposition à la galerie Knoedler, successivement à Paris puis à New-York, des peintures réalisées depuis 1960.
- 1966 - Début d’une reconnaissance institutionnelle française : le musée des Beaux- Arts du Havre offre une première rétrospective à Olivier Debré. C’est à cette occasion que sont exposés quelques-uns de ses dessins.
- 1967 - Dans le sillage de ce premier pas vers une notoriété publique, Olivier Debré est de plus en plus sollicité. Il reçoit de nombreuses commandes et aborde la réalisation d’une longue suite d’œuvres monumentales qui jalonneront toute son œuvre, faisant de lui «le premier portraitiste des espaces illimités». Il participe à l’Exposition Internationale de Montréal Expo 67. Terre des hommes. Dans le hall du pavillon français conçu par l’architecte Jean Faugeron, Olivier Debré réalise Signe d’homme une peinture monumentale (5 m x 2,50 m) qu’il vient lui-même mettre en place.
- 1970 - Le peintre opte pour des formats de plus en plus monumentaux et sa matière gagne encore en fluidité jouant avec des jeux de transparences colorées. À partir des années 70, il acquiert une renommée internationale et multiplie les séjours et expositions personnelles à travers le monde: au Japon, en Italie, en Norvège, en Suisse, etc. comme les titres de ses peintures en témoignent. En France, plusieurs rétrospectives de son œuvre sont organisées dans les musées et centres culturels.
- 1975 - Dans le cadre de commandes publiques, il réalise trois compositions monumentales : deux pour le lycée Rabelais de Chinon et une pour l’école hôtelière du Touquet.
- 1979 - Olivier Debré est nommé chef d’atelier d’art mural à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, fonction qu’il occupera jusqu’en 1985.
- 1982 - Le musée des Beaux-Arts de Tours lui consacre une salle pour présenter la donation faite par l’artiste. Le Quai d’Orsay commande une peinture monumentale pour la nouvelle chancellerie de l’ambassade de France à Washington.
- 1984 - À New-York, il participe à la manifestation Statements One dans les galeries de la ville en compagnie d’autres artistes français tels que Annette Messager, Titus-Carmel, Ben ou encore Le Gac.
- 1987 - L’artiste réalise le nouveau rideau de scène de la Comédie-Française (d’une superficie de 500m2), résultat d’une commande publique passée en 1985 par Jack Lang. Il crée ensuite, en 1989 et en 1998, les rideaux de scène des Opéras de Hong Kong et de Shanghai, tous deux d’une superficie plus grande que celui de Paris.
- 1991 - Les villes de Tours et Amboise rendent hommage «au peintre de la Touraine» à travers deux expositions. Le Centre de création contemporaine expose quatre tableaux de très grands format réalisés spécifiquement pour le lieu ; les plus grandes huiles sur toiles jamais exécutées par l’artiste.
- 1995 - Le ministère de la Culture lui commande les décors et les costumes du ballet Signes chorégraphié par Carolyn Carlson, dont la première aura lieu à l’Opéra de Bastille en 1997. Durant l’été, la galerie nationale du Jeu de Paume à Paris organise la plus grande rétrospective de l’œuvre d’Olivier Debré. Une exposition-évènement qui sera présentée ensuite en Islande, en Norvège, en Italie, en Belgique et en Amérique latine.
- 1999 - Le 17 mars, Olivier Debré est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts. Il décède le 1er juin à Paris et est inhumé au cimetière de Noizay en Touraine. Un hommage officiel, présidé par madame Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la Communication, est rendu le 9 juin à la Comédie-Française.
Le parcours de l’exposition
- Premières expérimentations géométriques
- Années 50, années charnières
- Les signes-paysages
- Un paysage sans limites
- La Touraine, une région d’inspiration
- Le jardin rouge
- Immersion numérique dans les formes et les couleurs
- Olivier Debré par-delà la peinture
- Olivier Debré peintre voyageur
- La montgolfière d’Olivier Debré
Il me paraît nécessaire que l’être qui peint soit le plus sensible possible, le plus vivant possible et que l’acte de peindre ne soit pas une résolution volontaire concertée, mais bien la traduction d’une émotion ressentie. (…) C’est la raison pour laquelle, finalement, je retourne à la nature pour sentir quelque chose que je traduis.
Olivier Debré
Autour de l’exposition
Nocturnes
• Les mercredis 9 et 23 juillet de 18h à 21h
• Les vendredis 9 et 16 août de 18h à 21h
Samedi 23 août, 19h
Palais des Arts et du Festival – Entrée libre
Projection du ballet Signes, créé en 1997 pour le Ballet de l’Opéra national de Paris
Chorégraphie Carolyn Carlson – Décors et costumes Olivier Debré
Samedi 20 et dimanche 21 septembre
Accès libre à l’exposition dans le cadre des Journées du patrimoine
Samedi 20 septembre, 18h
Palais des Arts et du Festival – Entrée libre
Conférence «Déborder la toile : la peinture comme espace à habiter»
Par Marine Rochard, docteure en histoire de l’art contemporain, spécialisée sur l’abstraction internationale d’après-guerre (1940-1970) et chargée de recherches au CCC OD.