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Ressources Minérales des Profondeurs, le point avec le scientifique Pierre-Marie Sarradin de l'Ifremer

Et si les ressources minérales des profondeurs venaient remplacer les mines terrestres?
L’Ifremer cherche à mieux connaître ce potentiel minier mais aussi les conséquences de cette exploitation sur la biodiversité des fonds océaniques.
➭ Pierre-Marie Sarradin, chimiste et responsable de l’unité Étude des écosystèmes profonds s'exprime.

Les nouvelles technologies dont les smartphones, utilisent des métaux rares permettant de réduire la taille de certains composants électroniques. Les besoins croissants en matières premières poussent naturellement les États à diversifier leurs sources d’approvisionnement.

Nos téléphones portables peuvent-ils être fabriqués avec des matériaux issus des fonds marins?
P.M. Sarradin
- Non, pas dans l’immédiat. Extraire des minerais à plus de 1000 m de fond pose des difficultés d’ingénierie et de rentabilité non résolues à ce jour. Mais les métaux qui reposent sur les fonds marins sont considérés comme une ressource potentielle.

Quels seraient les impacts d’une exploitation minière au fond des océans?
P.M. Sarradin - Plusieurs risques pour l’environnement ont été identifiés: le prélèvement lui-même détruira la structure géologique et donc l’écosystème associé. Le sédiment et les particules produites seront mis en suspension ce qui modifiera la composition chimique de l’eau à la profondeur du rejet et aura un impact sur les communautés microbiennes et animales présentes.
En se redéposant, ils transformeront également le fond océanique autour de la zone exploitée. Par ailleurs, certains métaux contenus dans les sédiments peuvent être toxiques une fois dissous dans l’eau. Les rejets de déchets risquent également d’impacter l’eau en surface. Une inconnue majeure est l’extension de ce nuage de particules porté par les courants de fond et donc l’empreinte spatiale de l’impact.

Faut-il écarter tout projet d’exploitation pour protéger l’environnement?
P.M. Sarradin - Aujourd’hui, et du point de vue du scientifique, oui, car une exploitation minière au fond des océans impacterait un milieu encore méconnu et pourrait ainsi affecter de potentielles découvertes. Actuellement, il est nécessaire d’avancer dans la compréhension du fonctionnement de ces écosystèmes pour pouvoir ensuite évaluer les impacts directs et indirects d’une exploitation potentielle.
D’un point de vue de citoyen, je m’interroge: si notre société maintient sa consommation de métaux à son niveau actuel, où trouver les ressources nécessaires? Une mine terrestre est-elle plus vertueuse pour l’environnement?

Quelles sont les alternatives?
P.M. Sarradin - Pour l’instant, la plus grande préoccupation des biologistes marins est de mieux comprendre la biodiversité des grands fonds. On ne peut pas protéger ce qu’on ne connaît pas, ou pas assez. Loin d’être des déserts, ces environnements peuvent abriter une vie foisonnante! En plus de solutions développées en amont avec les industriels pour limiter les impacts, une solution proposée pour préserver les écosystèmes marins en cas d’exploitation est de créer des réserves à partir desquelles les organismes pourraient recoloniser les milieux impactés.

La recherche avance-t-elle suffisamment vite?
P.M. Sarradin - Je suis optimiste sur le progrès de nos connaissances. L'Ifremer est fortement impliquée sur les deux permis d'exploration sur la zone internationale. L’observatoire EMSO Açores que l’Ifremer opère depuis 10 ans, sur un volcan à 1700 m de fond au large des Açores, est notamment un bijou de technologie qui nous permet de suivre en continu un champ hydrothemal et son écosystème. Ce suivi nous a par exemple permis de découvrir très récemment que les marées ont un impact jusque dans les grands fonds sur le rythme biologique des moules qui y vivent. Connaître pour mieux protéger, c’est dans cet esprit que nous poursuivons nos recherches.

➭ÉCOUTER l'Interview de P.M. Sarradin

➭L’édition 2020 de la campagne océanographique Momarsat menée à bord du Pourquoi Pas par l'Ifremer au large des Açores s'est achevée le 4 octobre.
© Ifremer

Publié le