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Réautorisation des insecticides néonicotinoïdes, quelle est la problèmatique?

Vous reprendrez bien un peu de sucre... -AGENDAOU

Les néonicotinoïdes sont des insecticides qui agissent sur le système nerveux central des insectes.
Leur responsabilité est pointée dans l’effondrement de la biodiversité, mais aussi la pollution durable des nappes phréatiques qui fait craindre pour l'alimentation humaine.
Interdits depuis 2018, le vote en première lecture à l'Assemblée d'un texte autorisant les betteraviers à utiliser les néonicotinoïdes jusqu’en 2023, remet en cause la volonté environnementale du gouvernement.

Néonicotinoïdes, qu'est-ce que c'est?

La nicotine a été longtemps employée comme insecticide avant que les groupes agrochimiques Bayer et BASF ne mettent au point les néonicotinoïdes, il y a une quarantaine d'années.
Un tiers des insecticides vendus dans le monde sont des néonicotinoïdes.

Pourquoi les avoir interdit?

Montrés du doigt depuis une vingtaine d'années dans la disparition des insectes pollinisateurs, mais aussi de la biodiversité dans les sols et d'une partie de la chaine alimentaire, ces produits sont aussi fortement suspectés de faire courir des risques sanitaires aux humains et particulièrement au développement cérébral des fœtus.
Depuis quelques années, leur utilisation est partiellement interdite en France et en UE, privant les grands groupes de l'agrochimie d'un juteux marché.

Le problème des betteraviers

La Ministre de l'Environnement -ex député de la Somme, département très concerné- Barbara Pompili a présenté mardi 6 octobre un projet de loi visant à autoriser à nouveau l'utilisation des néonicotinoïdes:
"Depuis deux ans, les producteurs français de betteraves n’utilisent plus de produits phytosanitaires contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes, contrairement à leurs concurrents européens qui ont recours aux dérogations prévues par le droit européen. La campagne 2020 a démontré que les alternatives techniques aujourd’hui disponibles se sont révélées inefficaces pour la culture de la betterave, en particulier dans les conditions climatiques du début de l’année 2020."
La France est le premier producteur de sucre européen (betterave et canne). La perte de rendement due au virus de la jaunisse transmis par les pucerons entraîne une baisse de production de 30 à 50%.
Le secteur concerne 46000 emplois dont 25000 agriculteurs et 21 sucreries (source Ministère de l'agriculture).

Un problème géopolitique

Le problème est toujours le même: à quoi bon mettre des normes sur nos produits s'ils sont en concurrence sur leur marché avec des produits venant de l'extérieur et n'obéissant à aucune règle sociale ou environnementale.
Timothé Masson, responsable des affaires internationales à la Confédération générale des producteurs de betteraves affirme que «si on applique un rendement moyen sur cinq ans, on va produire en Europe autour de 17,5 Mt de sucre, soit un niveau stable depuis trois ans. Sur la campagne qui s’ouvre, l'Europe devrait ainsi à nouveau être importatrice nette d'environ 800 000 t, l’équivalent de trois sucreries» ( Nathalie Wisotzki • Terre-net Média).

Le cours du sucre dépend de celui du pétrole

Le Brésil de Bolsonaro est de très loin le premier producteur mondial de sucre. Ici il ne s'agit pas de betterave, mais de canne à sucre, cultivée sans aucun -mais alors vraiment aucun- respect de l'environnement et utilisée aussi dans la production de bioéthanol.

Chaque année, en fonction des cours, il y a arbitrage. Vaut-il mieux faire du sucre ou du carburant?
Lorsque les cours du pétrole sont bas -ce qui est le cas- et bien ce sera du sucre, sucre qui viendra par la suite envahir les marchés mondiaux... et donc européens et français. Un commerce qui participe aussi à la déforestation de l'Amazonie...

Alors que faire?

Évidemment, le texte voté hier a tout du cheval de Troie qui permettra à d'autres secteurs de demander eux aussi des dérogations, ce qui serait catastrophique.
Cette question les députés l'ont tranché en première lecture.
Pour eux, par 313 voix pour et 158 contre, la souveraineté l'emporte sur la protection de l'environnement.
Reste le vote du Sénat, puis l'examen en seconde lecture.
Néanmoins, on le voit, les règles qui régissent l'organisation du Commerce mondial rendent bien illusoires les mesures nationales.
Pour nous à AGENDAOU, comme pour bien d'autres acteurs, la solution réside dans une relocalisation globale de l'économie, relocalisation signant l'arrêt d'un
commerce mondial écocidaire et donc sans avenir. 

Le vote des députés bretons

Côtes d'Armor
Vote pour la réintroduction: Bruno Joncour - Hervé Berville - Eric Bothorel
Vote contre la réintroduction: Yannick Kerlogot
Abstention: Marc Le Fur
Finistère
Vote pour la réintroduction: Graziella Melchior - Didier Le Gac - Liliana Tanguy - Annaïg Le Meur
Vote contre la réintroduction: Sandrine Le Feur - Erwan Balanat - Jean-Charles Larsonneur
Ille-et-Vilaine
Vote pour la réintroduction: Florian Bachelier - Laurence Maillart-Méhaignerie - Christine Cloarec-Le Nabour
Vote contre la réintroduction: Thierry Benoit - Gaël Le Bohec - Claudia Rouaux
Absents: Mustapha Laabid - Jean-Luc Bourgeaux
Morbihan
Vote pour la réintroduction: Jean-Michel Jacques - Hervé Pellois - Gwendal Rouillard
Vote contre la réintroduction: Jimmy Pahun - Paul Molac
Abstention: Nicole Le Peih

Aller plus loin:
France Info: Néonicotinoïdes : le revirement du gouvernement sur l'interdiction de l'insecticide "tueur d'abeilles" en 6 actes


Philippe Le Roy 

Publié le , mis à jour