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Parcs éoliens en mer et émissions chimiques : réduire l'impact

Crédit : Ifremer, Olivier Dugornay

Les parcs éoliens en mer émettraient 228 substances chimiques, c'est ce que révèle une étude coordonnée par l’Institut belge de recherche pour l’agriculture, la pêche et l’alimentation (ILVO) et menée par l’Agence fédérale maritime et hydrographique allemande (BSH) ainsi que l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

Des solutions pour réduire ces émissions?

Ces substances proviennent principalement des systèmes de protection contre la corrosion (70%), des huiles et lubrifiants nécessaires à l’exploitation (10%). 
Parmi les 228 substances répertoriées, 62 sont considérées comme particulièrement préoccupantes pour l’environnement. Elles pourraient être potentiellement toxiques, persistantes, perturbatrices endocriniennes, cancérigènes ou bioaccumulables. 
Des recherches complémentaires sont nécessaires pour déterminer les quantités effectivement rejetées par les parcs éoliens et leurs impacts sur le milieu marin. 

Un défi analytique

La diversité des substances et leur usage dans d’autres domaines marins ou terrestres rendent difficile l’attribution précise des sources. 

Pour obtenir des données fiables sur ces substances potentiellement émises, il faut des méthodes d’analyse de pointe, avec des limites de détection très basses. En outre, l’identification des sources de pollution dans des environnements où les émissions sont multiples nécessite encore des recherches approfondies, 
Pablo Zapata Corella, de l’Ifremer

Une piste est de mesurer la concentration de certaines substances avant la construction et pendant l’exploitation des parcs éoliens, afin de détecter des variations. La modélisation permet également de mieux comprendre la dispersion et le comportement des substances dans l’environnement. 

Des solutions?

Avec le développement croissant de l’énergie éolienne en mer, il devient essentiel de surveiller les émissions chimiques, d’étudier leur impact mais surtout de les réduire grâce à des matériaux et technologies plus adaptés.
L’étude montre que certaines émissions peuvent être techniquement évitées, par exemple via des systèmes alternatifs de protection contre la corrosion, des systèmes de refroidissement fermés ou des matériaux biodégradables. Cependant, il n’existe pas de normes industrielles spécifiques à ce secteur, contrairement au transport maritime.
Les auteurs recommandent donc des directives techniques contraignantes, applicables à l’autorisation et à l’exploitation des parcs éoliens en mer.

Aucune règlementation internationale

L’étude compare également la réglementation des émissions chimiques des parcs éoliens en mer aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne. Les approches sont très différentes, et aucune réglementation globale n’existe pour le moment.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les aspects environnementaux sont évalués lors de l’instruction des projets, en tenant compte des substances potentiellement émises. 
À l’échelle internationale, l’Allemagne fait figure de précurseur : 
Le BSH (Agence fédérale maritime et hydrographique allemande) fixe des exigences techniques et environnementales contraignantes, concernant notamment le traitement des déchets, la protection contre la corrosion, la gestion des eaux usées, ainsi que l’utilisation des systèmes de refroidissement ou d’extinction. A titre d'exemple, les anodes à base de zinc et les peintures contenant des biocides sont interdites dans les eaux allemandes.
En France, les parcs éoliens font l'objet d'un suivi règlementaire de la qualité chimique des eaux et d'un suivi de la bio-colonisation des structures immergées.

Ces directives devraient s’appliquer non seulement au niveau national, mais aussi au niveau international, car les émissions chimiques se dispersent au-delà des frontières maritimes

À l’avenir, l'étude menée pourra servir de base pour renforcer la coopération entre chercheurs, opérateurs et autorités réglementaires.

Notre étude bibliographique constitue une base importante pour la détection précoce des émissions chimiques des parcs éoliens en mer. Une coordination à l’échelle européenne et des exigences minimales en matière de surveillance et de réduction des émissions peuvent rendre le développement de l’éolien en mer plus respectueux de l’environnement. Cela permettra de protéger à la fois le climat et le milieu marin,
Elena Hengstmann du BSH

Publié le