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Les vagues de chaleur marines s'intensifient et menacent la biodiversité et les écosystèmes côtiers

Visuel Copernicus EU août 26

Plus intenses, longues et fréquentes, les vagues de chaleur marines impactent la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes côtiers.
Ponte précoce des huîtres, modification des herbiers, déclin des populations de gorgones ou encore blanchissement des coraux et bénitiers, les effets sont concrets et mesurés.

Les canicules marines se développent tant à la surface qu’en profondeur. Leur suivi est essentiel pour une adaptation des populations littorales d’autant qu’en plus de leurs impacts sur la biodiversité, elles peuvent aggraver l’intensité des canicules atmosphériques.
Ifremer

Les températures mondiales de la surface des océans ont atteint leur niveau le plus élevé jamais enregistré ces derniers jours, alors qu'un épisode El Niño en plein essor vient s'ajouter à plusieurs décennies de réchauffement d'origine humaine, plongeant les océans de la planète en territoire inconnu.

La température moyenne de la surface des océans a atteint 21,1 degrés Celsius (70 degrés Fahrenheit), dépassant le précédent record de 21,09 degrés Celsius établi à plusieurs reprises début 2024.
Service Copernicus pour le changement climatique

Des épisodes de chaleur durables et intenses

Les canicules de 2026 illustrent parfaitement ce phénomène : à terre, ces épisodes dépassent des températures seuils de plus en plus tôt. Il en est de même en mer, notamment en milieu côtier.

Les coquillages impactés par les canicules marines*

Selon les données du réseau Ecoscopa de surveillance du cycle de vie de l’huître creuse qui suit huit sites côtiers de l’hexagone : le 30 mai, la température de l’eau de la lagune de Thau a atteint 25,4°C, largement au-dessus de la normale saisonnière qui est de 20,1°C. 
A Brest, la mer a atteint 19,3°C le 27 mai, bien plus que les 15,7°C de normale. 
Enfin à Arcachon il a fait entre 16 et 24°C du 17 au 28 mai, contre des normales comprises entre 13,4 et 17,8°C.

Les eaux de surface sont extrêmement réactives aux canicules atmosphériques, qui alimentent les vagues de chaleur marines. Les épisodes de chaleur de mai et juin 2026 laissent craindre une hécatombe invisible sous l’eau, affectant particulièrement les jeunes stades de vie des poissons, crustacés, coquillages ... 
Leur mortalité, indétectable en raison de la rapidité de leur désagrégation, pourrait avoir des conséquences majeures sur la biodiversité littorale.
Nathaniel Bensoussan, chercheur Ifremer au Laboratoire d’Océanographie Physique et Spatiale (LOPS)

L'Europe très impactée

A l’échelle du globe, les zones côtières et mers semi-fermées, de la région Atlantique Nord sont celles qui se réchauffent le plus vite entre 1982 et 2024 selon les données satellite de l’observatoire Européen Copernicus.
A l’intérieur de cette zone, la mer Noire se réchauffe le plus vite, suivie de la mer Baltique et enfin, en troisième position, la mer Méditerranée, avec 1,5°C de plus mesuré à la surface sur une période de 43 ans.
Mais il n’y a pas que la Méditerranée, la façade Manche/Atlantique française est parmi les zones qui se réchauffent également rapidement, avec entre 0,5 et 1°C de hausse de la température moyenne. 
Des zones côtières de Manche/Atlantique atteignent elles aussi des niveaux d’augmentation records équivalentes à la Méditerranée, comme la baie du Mont-Saint-Michel qui a connu une augmentation de 1,5°C sur 43 ans.

Des variations annuelles amplifiées par El Niño

Au-delà du réchauffement avéré sur l’ensemble du globe de ces dernières décennies, on constate que selon les zones géographiques et selon les années, les canicules marines sont plus ou moins sévères. 
La communauté scientifique cherche aujourd’hui à comprendre pourquoi il existe des différences régionales et pourquoi on peut avoir une année sévère, et pas nécessairement la suivante.
On remarque en effet une forte variabilité d'une année sur l'autre, avec des années phares comme 2003, année de la canicule atmosphérique européenne, aussi marquée par de nombreuses vagues de chaleur marines tant en Méditerranée qu’en Manche/Atlantique.
Par la suite, d’autres années se dégagent avec des records battus chaque année... : 2006, 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026.
Amélie Simon, chercheure Ifremer au Laboratoire d’Océanographie Physique et Spatiale (LOPS)

Les vagues de chaleur ne se développent pas de manière homogène à l’intérieur de ces grands ensembles d’une année sur l’autre. On remarque par exemple que si la Méditerranée orientale a été relativement épargnée par les vagues de chaleur extrêmes de 2003, elle a été l’une des zones les plus sévèrement touchées en 2018.

Sous la surface, il est plus difficile d’observer les vagues de chaleur marine mais des études récentes ont documenté leur présence en profondeur, sans signature en surface. Ces vagues de chaleur profondes peuvent être plus longues et plus intenses qu'en surface, et se produisent typiquement à une profondeur de 50 à 200 mètres.
Amélie Simon, chercheure Ifremer au LOPS

Comment s'adapte -ou pas- la biodiversité?

Les canicules marines ont un effet direct sur la biodiversité. Elles peuvent provoquer le blanchissement des coraux, affectent les algues et herbiers marins ainsi qu’une augmentation de la mortalité de nombreuses espèces sensibles à la hausse de température. 

Sur l’ensemble de la période 1999-2024, les espèces sensibles comme les gorgones rouges en Méditerranée ont été affectées par des mortalités massives provoquées par les vagues de chaleur marines, surtout en été.
Nathaniel Bensoussan, chercheur Ifremer au LOPS

En modifiant les populations d’espèces ingénieures comme les laminaires en Bretagne, les herbiers en Méditerranée ou les coraux dans les départements et territoires d'outre-mer, les canicules modifient l’ensemble des services écosystémiques rendus par le milieu côtier. 
Plus largement, elles perturbent également les chaînes alimentaires et modifient la répartition des espèces ; certains poissons migrent vers des eaux plus froides, tandis que d’autres populations s’effondrent localement, impactant les activités de pêche, par exemple la pêche côtière du bulot. 
Ces épisodes favorisent aussi le développement d’algues toxiques et augmentent les risques d’échouage ou de mortalité chez certains animaux marins. 
Les vagues de chaleur marine ont aussi des effets indirects, en perturbant les équilibres chimiques des écosystèmes. 
Par exemple, l’augmentation de température diminue la capacité de l’eau à rendre les gaz solubles. Ainsi, lorsque l’eau est chaude et qu’il n’y a pas de vent, l’oxygène se dissout moins, favorisant l’apparition de crises anoxiques, notamment dans les lieux semi-fermés comme les lagunes méditerranéennes**. 

Mieux comprendre les phénomènes extrêmes permet d’éclairer la décision publique et de mettre en œuvre des plans de gestion adaptés, que ce soit pour les quotas de pêche ou la filière conchylicole.

En savoir plus sur les impacts sur la biodiversité dans l'Hexagone, en Méditerranée, en Polynésie française et en Manche/Atlantique 


*En mer, on parle de vague de chaleur marine lorsque la température de surface de l’eau de mer est plus élevée, pendant plus de cinq jours, que 90 % des températures à la même période de l’année, comparé aux 30 années précédentes.

**Ces épisodes d’anoxie peuvent provoquer des mortalités massives comme pendant l’été 2018, avec 2703 tonnes d’huîtres et 1218 tonnes de moules en élevage qui n’ont pas survécu dans la lagune de Thau.


PLR

Publié le