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Les Microalgues toxiques sous haute surveillance de l'Ifremer

Eaux colorées dues à la microalgue Lingulodinium polyedra du Morbihan jusqu’au large de Noirmoutier. (Image du 31 mai à 13h18) Pour l’instant, les concentrations en toxines mesurées sur les zones de conchylicultures sont très inférieures au seuil.

Signe du changement climatique? Des microalgues toxiques de milieu tropical s'installent sur les côtes françaises depuis plusieurs années, entrainant la fermeture de zones de conchylicultures et de baignades. Faut-il s'inquiéter de leur prolifération? Est-elle vouée à durer? L'Ifremer les suit de près!

Dynophysis, Ostreopsis et Gambierdiscus, ces microalgues toxiques qui s'installent en zone tempérée

Essentielles à la vie en mer et sur terre, les microalgues sont à la base de la chaîne alimentaire de l’océan et à l'origine -à l'échelle géologique- d'une partie de  l’oxygène que nous respirons.
Sur les quelques 5000 espèces identifiées à ce jour, 175 sont considérées toxiques pour l’Homme ou nuisibles pour la biodiversité marine sur nos littoraux métropolitains et ultramarins.
Les scientifiques de l’Ifremer les surveillent par satellite et par le réseau Rephy-Rephytox et en étudient la chimie, le régime alimentaire, les toxines qu’elles produisent.

Dinophysis acuta, Ostreopsis cf. ovata et Gambierdiscus caribaeus. Ces trois microalgues toxiques ont des impacts sur la santé et les activités humaines - © Ifremer/Élizabeth Nézan et Nicolas Chomérat

Quels effets du changement climatique sur Dynophysis ?

Présente dans les eaux tempérées, Dynophysis provoque des diarrhées par consommation de coquillages. Quel que soit le scénario climatique du GIEC, Dinophysis connaitrait des efflorescences au moins jusqu’en 2100 dans les eaux littorales européennes.
Seront-elles plus fréquentes? Difficile de se projeter car les événements toxiques varient selon les années: en 2021, cette microalgue a été en cause dans  20 «événements toxiques» en France métropolitaine (dépassement du seuil réglementaire), 38 en 2020, 24 en 2019 et 36 en 2018.
Chaque cas a entrainé la fermeture d’exploitations conchylicoles.

Ostreopsis peut-elle s'installer durablement sur la côte Basque?

Été 2021: le CHU de Bordeaux a enregistré 800 personnes portant des symptômes d’intoxication après avoir fréquentaté des plages basques. En cause, Ostreopsis ovata, une microalgue présente habituellement dans les eaux tropicales.

Rien ne permet de savoir si Ostreopsis ovata va proliférer à nouveau dans le golfe de Gascogne cet été. En Méditerranée, sa présence répétée depuis les années 2000 témoigne en revanche de la «tropicalisation» rapide de cette mer semi-fermée.
Les dernières recherches menées en Méditerranée montrent que les eaux chaudes en été sont propices à sa prolifération et qu’il faut que les printemps soient également chauds pour que d’importantes efflorescences se produisent.
Dans le golfe de Gascogne, maintenant qu’elle y est établie, il se peut qu’Ostreopsis suive cette même dynamique,
Philipp Hess, expert en phycotoxines et responsable de la nouvelle unité de recherche «Physiologie et toxines des microalgues toxiques et nuisibles» de l’Ifremer.

La ciguatera: effet de l'acidification des océans

La ciguatera est due à la consommation de poissons ou de fruits de mer porteurs des toxines des microalgues Gambierdiscus spp. Elle entraine des troubles digestifs, neurologiques et cardiovasculaires.
Présentes dans les zones tropicales du Pacifique, des Caraïbes et de l'Océan Indien, ces microalgues sont désormais signalées dans les zones subtropicales et tempérées : Canaries, Madère, Açores, Tasmanie et Nouvelle-Zélande.

La progression des microalgues responsables de la ciguatera n’est pas liée au réchauffement de l’eau naturellement moins fort sous les tropiques, mais en partie à son acidification.
Sensibles à la baisse du pH de l’eau de mer, les récifs de coraux meurent et sont colonisés par des macroalgues sur lesquelles se développent les microalgues Gambierdiscus spp.
Les poissons et les coquillages se contaminent alors en broutant les macroalgues ou en filtrant l’eau de mer et intoxiquent à leur tour les consommateurs,
Philipp Hess

Le changement climatique favorisera-t-il le développement des microalgues toxiques et leurs impacts sur la biodiversité marine, les activités et la santé humaine?

Nous ne disposons pas de preuves suffisantes pour affirmer qu’il y aura globalement plus de microalgues toxiques sur nos côtes dans le futur. La situation variera selon les années avec des régions plus impactées et d’autres épargnées.
Ce que nous savons en revanche, c’est que le changement climatique provoquera des efflorescences de plus en plus difficiles à prévoir au gré notamment d’événements extrêmes (vagues de chaleur, tempêtes…) de plus en plus fréquents,
Philipp Hess.

Participez au programme de science participative Phenomer en signalant les phénomènes d’eaux colorées que vous pourriez-observer sur la côte : Rendez-vous ICI


NLR - © Nantes Université ISOMer/Pierre Gernez

Publié le