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Les haies bocagères, un atout environnemental et économique fort pour la Bretagne

(de g. à d.) L. Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne, J. Dauphin, Coprésident SCIC Enr, M. Letonturier et deux représentants du monde agricole agroforesterie 35, A. Lécuyer, Président de Dinan Agglomération.

Le Président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, et le Président de Dinan Agglomération, Arnaud Lécuyer, ont rencontré mardi 16 mars, Malo Letonturier, exploitant bénéficiaire du dispositif Breizh Bocage, à Créhen.
L'occasion de faire le point sur un sujet essentiel, les haies bocagères.

Un jeune exploitant qui aime les haies

Malo Letonturier est installée depuis janvier 2020 sur la commune de Créhen. Il y exploite 72 ha dont 14 ha en verger (372t de pommes à cidre).
Persuadé de l'importance des arbres pour la gestion de l'eau et de la biodiversité, il s’est inscrit dans le programme Breizh Bocage en plantant 962 mètres linéaires de haies cet hiver, qui seront complétés par 800 ml supplémentaires l’hiver prochain, avec l’appui technique et humain de Dinan Agglomération.
Au-delà des fonctionnalités écologiques et paysagères de son bocage, l’agriculteur compte le valoriser en broyant de jeunes branches (Bois Raméal Fragmenté BRF) pour apporter de la matière organique aux cultures.

Les haies font partie d'un ensemble environnement et paysages. Elles sont pleinement intégrées à l'exploitation.

Breizh Bocage, qu’est-ce que c’est ?

La Bretagne est l’une des régions les plus bocagères de France. Pour endiguer la disparition des haies, deux programmes Breizh Bocage ont été initiés par la Région Bretagne, en 2007-2014 puis 2015-2022. Ils consistent à financer des plantations de haies via des fonds FEADER, Agence de l’eau Loire Bretagne, Région Bretagne, départements et intercommunalités.

La Bretagne : leader français des reconstitutions de talus

Breizh Bocage en chiffre, c'est:
➭ Plus de 5 000 km de haies plantés en 12 ans (soit 6 000 km attendus à l’issue du programme fin 2022) ;
➭ Depuis 2015, 4 000 exploitations agricoles (soit 18% des exploitations bretonnes) ont planté des haies ;
➭ 20 M€ ont été dédiés aux programmes Breizh Bocage 1 et 2 (financement UE, Région, Départements);
➭ La plantation des haies représente 2/3 de l’enveloppe mobilisée, le tiers restant étant dédié à l'animation ;
➭ Les territoires ont recruté des animateurs Breizh Bocage soit l’équivalent de 40 temps pleins à l’échelle de la Bretagne, ;
➭ 80% du coût des plantations est soutenu par le programme Breizh Bocage, les 20% restants sont pris en charge par les intercommunalités qui peuvent solliciter une participation financière des exploitants.

Sur la programmation 2015-2022, la Bretagne concentre, à elle seule, via le FEADER, 65% de l’effort national de plantations, soit 10 M€.

Nous sommes dans la renverse. Entre 1945 et 2020, la Bretagne a perdu énormément de haies.
Pour la première fois cette année, la tendance s'inverse. On va vers une augmentation de la haie. Ceci démontre qu'avec une ligne claire et avec le collectif, on fait avancer les dossiers.
Il y a une union sacrée en Bretagne sur Breizh Bocage,
Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne

Ces chiffres ne doivent cependant pas cacher une autre réalité : aujourd’hui, en Bretagne, des haies disparaissent encore.
Les premiers résultats de l’enquête “haie”, réalisée par la DRAAF en 2008 et mise à jour courant 2020 par les animateurs Breizh Bocage, révèle que, à l’échelle régionale, la moitié des haies ne montrent plus de signe d’entretien et que seulement 20% du linéaire seraient correctement gérés.
L’impact de l’effort de plantation est bien visible : le bocage progresse là où les agriculteurs en plantent beaucoup. En revanche, sans dynamique de plantation, les densités continuent à diminuer.

Les agriculteurs, maillon d’une longue chaine bocagère

Agrocampus Ouest vient de réaliser une enquête sociologique qui met en évidence que le rapport des agriculteurs à leur bocage est très variable d’un exploitant à l’autre.
Réservoir de biodiversité, barrière contre l’érosion des sols, participation à la reconquête de la qualité des eaux, captation du carbone, les vertus du bocage ne sont plus à démontrer.

L’appropriation du bocage par les agriculteurs s’avère indispensable.

Les haies ont été détruites par un modèle économique et doivent être protégées par un nouveau modèle économique,
Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne

Des démarches expérimentales de paiements pour services environnementaux (PSE), mais aussi la promotion du "Label haie" qui certifie l’origine du bois, sa bonne gestion et sa proximité (issu de 100% haies certifiées, bilan carbone positif, juste rémunération du producteur, traçabilité) sont des pistes prometteuses pour motiver une attention grandissante du monde agricole sur la conservation et l'entretien des haies.
Photo: Paule Pointereau (AFAC-Agroforesterie) explique le "Label haie"


Les paiements pour services environnementaux (PSE) en agriculture rémunèrent les agriculteurs pour des actions qui contribuent à restaurer ou maintenir des écosystèmes, dont la société tire des bénéfices (préservation de la qualité de l’eau, stockage de carbone, protection du paysage et de la biodiversité…).
Ces avantages sont qualifiés de services écosystémiques.
Les actions des agriculteurs, quant à elles, sont qualifiées de services environnementaux.


Breizh bocage et Dinan Agglomération

Breizh Bocage ne pouvait se réaliser sans l’implication, incontournable, des intercommunalités et syndicats de bassins versants qui jouent un rôle de mobilisation et d’animation de premier ordre sur leur territoire.

Dinan Agglomération intervient sur l'ensemble du bassin versant, soit 118 000 hectares.  C'est l’une des collectivités les plus dynamiques de Bretagne pour améliorer le bocage sur son territoire. Avec près de 400 km plantés en 10 ans, elle a plus que compensé la disparition des haies sur la même période.

Dinan Agglomération est également très investie sur la question de la valorisation des boisements. Fin 2019, elle a engagé une coopération LEADER transnationale filière bois énergie avec des partenaires locaux (SCIC ENR pays de Rance), nationaux (PNR Boucles de Seine Normande) et européens (en Finlande : Thermopolis, qui est l’équivalent l’Agence régionale de l’énergie, et Metsakeskus, le Centre National forestier de Finlande).

Pourtant des haies sont encore détruites. Au-delà des projets prometteurs, que peuvent la Région et les EPCI?

Il faudrait que toutes les EPCI travaillent comme Dinan Agglomération.
Nous avons voté le PLUI en mars 2020. Toutes les haies sont maintenant inscrites dans un document d'urbanisme. Si une haie doit être détruite, on exige une surcompensation en linéaire,
Arnaud Lécuyer, Président de DA
Le SRADDET (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires) qui vient d'être voté est aussi un outil protecteur. On doit figer sur les cartes les haies existantes. Par ailleurs, l'UE protège aussi les haies. Depuis la réforme de la PAC de 2015, les haies sont visées par la BCAE7 «maintien des particularités topographiques» et doivent être maintenues,
Olivier Allain, VP de la Région en charge de l’agriculture

Le "label haie en vidéo": Label haie: ressources de nos territoires


Nathalie Le Roy

Publié le