Jean Dubuffet, La houle du virtuel, Nocturne de l'Exposition Estivale à Dinard
Dinard
Exposition Jean Dubuffet. La houle du virtuel (1962-1974)
Homme de ruptures, rétif aux règles du monde l’art et aux conventions, Jean Dubuffet (1901-1985) déroute autant qu’il fascine. Avec la soif inassouvie d’un explorateur du commun, le théoricien du concept d’Art Brut est tour à tour collectionneur, peintre, écrivain, sculpteur, architecte, dessinateur ou compositeur.
La ville de Dinard propose, du 31 mai au 20 septembre 2026, une exposition d’envergure consacrée à Jean Dubuffet, artiste incontournable de la seconde moitié du XXe siècle et initiateur de l’Art Brut. Réalisée en collaboration étroite avec la Fondation Dubuffet, cette manifestation rassemble plus d’une centaine d’œuvres issues de collections prestigieuses. Elle témoigne de la richesse d’un travail profondément libre, qui défie les codes esthétiques traditionnels et interroge sans cesse notre manière de voir et de comprendre le monde.
Jean Dubuffet, Site domestique (au fusil espadon) avec tête d’Inca et petit fauteuil à droite, 1966, vinyle sur toile, 125 x 200 cm,Collection Nahmad/ADAGP Paris, 2026
L’exposition «Jean Dubuffet. La houle du virtuel» propose une plongée au cœur de l’un des cycles les plus emblématiques et les plus prolifiques de l’artiste: L’Hourloupe, développé entre 1962 et 1974. Rassemblant plus de cent œuvres issues des collections de la Fondation Dubuffet et enrichie de prêts prestigieux du musée des Arts décoratifs, du Fonds Renault pour l’Art et la Culture, du musée de Grenoble, d’Opera Gallery, de la collection Nahmad et de collections privées, le parcours retrace la genèse et les développements successifs de cet univers graphique immédiatement reconnaissable, fait de lignes sinueuses et hachurées aux tonalités de rouge, bleu, blanc et noir.
Pensée selon une approche chrono-thématique, l’exposition met en lumière la richesse et la diversité de cette période déterminante. Des premiers dessins au stylobille, réalisés machinalement, jusqu’aux sculptures et aux reliefs devenus architectures, Jean Dubuffet explore sans relâche les relations entre imaginaire et réalité. L’œuvre devient espace, invitant le visiteur à une expérience immersive et réflexive. Au début des années 1970, l’artiste imagine un spectacle total issu de l’univers de L’Hourloupe. Avec Coucou Bazar, il crée un monde en mouvement mêlant décors, costumes, musique et danse qu’il décrit lui-même comme «un tableau animé». Le spectacle ne sera représenté que trois fois –notamment au musée Guggenheim de New York et au Grand Palais à Paris en 1973– avant de devenir un ensemble patrimonial conservé par la Fondation Dubuffet. À travers des éléments peints, des costumes et des archives audiovisuelles, l’exposition propose de découvrir une œuvre singulière qui brouille les frontières entre la peinture et le spectacle vivant.
Si L’Hourloupe a déjà été présenté à plusieurs reprises, rares sont les expositions institutionnelles qui en ont proposé une lecture globale. Les deux grandes manifestations consacrées à cet ensemble du vivant de Jean Dubuffet —à Venise en 1964 puis à Bâle en 1970— furent organisées alors que le cycle était encore en cours d’élaboration, avant même la création du spectacle Coucou Bazar. Il faut attendre les années 2000 pour que L’Hourloupe fasse de nouveau l’objet d’expositions thématiques à travers quelques rares manifestations sans compter sur la présence d’éléments de Coucou Bazar. Cette œuvre a fait l’objet d’une spectaculaire présentation au Musée des Arts décoratifs de Paris en 2013. L’exposition de Dinard réunit, pour la première fois dans un même parcours, livres illustrés, dessins, peintures, sculptures, architectures et spectacle. Elle offre une traversée inédite et totale de l’un des ensembles les plus ambitieux de l’œuvre de Jean Dubuffet.
Un plongeon dans le fantasme, dans un fantomatique univers parallèle*, Jean Dubuffet, 1985
*Jean Dubuffet, Biographie au pas de course, dans Prospectus et tous écrits suivants, réunis et présentés par Hubert Damisch, Paris, Gallimard, 1995, t.IV, p.510.