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Extraction en mer, quelle résilience pour le milieu ?

Le carottage révèle des épaisseurs de vase impressionnante sur le site du Pilier. L'objectif est de comprendre comment s’organisent les différentes couches de sédiments. © Ifremer - Article AGENDAOU

Pendant 30 ans, le Pilier au large de l’estuaire de la Loire a été site d’extraction de sable et gravier marin. L’Ifremer y évalue l’empreinte sur l’environnement et la résilience qui fait suite à l’exploitation de cette zone.

La campagne nommée RESISTE s’appuie sur une équipe scientifique multidisciplinaire: géologues, physiciens, spécialistes des ressources pêchées et experts de la macrofaune associée aux fonds marins.

Le site du Pilier nous a paru intéressant à étudier comme cas d’école car il a été durant trente ans l’un des plus importants sites d’extraction français avec 40 millions de m3 prélevés et la présence d’une souille pouvant atteindre 8 mètres de profondeur. Les travaux d’extraction ayant été stoppés en 2017, la nature devrait y reprendre ses droits,
Laure Simplet, ingénieur géologue à l’Ifremer et l’une des chefs de mission de la campagne RESISTE

Quelle conséquence sur l’environnement marin?

Une des missions de l’Ifremer est d’estimer l’impact des activités humaines sur l’environnement marin. Toute exploitation est soumise à autorisation et à un suivi environnemental des eaux sous juridiction française.

Quels sont les impacts de l'extraction en mer?
-Modification de la morphologie des fonds sous-marins due au creusement
-Changement du type de sédiments >  les navires sabliers provoquent un panache de particules fines qui modifie l’équilibre des sédiments.
- Destruction de la faune vivant sur le sol marin due à l’aspiration du sédiment par la conduite qui relie le navire extracteur au fond.
-Dans certains cas, on observe une modification de la dynamique de la houle et des courants, voire même une érosion des plages voisines.
-Conséquences pour les espèces benthiques (vivant sur les fonds) et démersales (celles qui vivent dans la colonne d’eau au dessus du fond)

Quelle résilience?

Les impacts sont connus mais beaucoup moins la manière dont le milieu cicatrise. Les questions à se poser:
-la vitesse de cicatrisation
-La corrélation entre la résilience morpho-sédimentaire et celle des espèces benthiques et halieutiques?
-Quelles espèces reviennent prioritairement?
-La macrofaune benthique et de poissons retrouve-t-elle sa composition initiale?
-Quel rôle chacun joue-t-il dans cette reconquête du milieu?

Une première campagne a eu lieu en 2020: les résultats montrent un fort envasement de certains secteurs du site avec des carottes qui affichent jusqu’à un mètre de vase.
La recolonisation par la vie sous-marine est en cours par la telline blanche, Abra alba, la Varicorbula gibba -mollusque bivalve- et des annélides, des espèces qui se plaisent dans les environnements sablo-vaseux.

Grâce au carottage, l'Ifremer dispose de nouvelles clés d'analyse pour expliquer cette spectaculaire couche de vase.

Ces données nous serviront à définir quels sont les meilleurs indicateurs pour mesurer les effets de l’activité d’extraction. L’objectif serait aussi d’établir des seuils de perturbation au-delà desquels les atteintes à l’environnement sont trop importantes pour permettre la résilience rapide du milieu après exploitation. Ces données s’avèreront également utiles afin d’adapter les mesures de gestion à mettre en œuvre.

Elles permettront ainsi de sélectionner les sites qui auraient une meilleure capacité de régénération dans un contexte où les petits grains de sable du fond de l’océan deviennent une ressource très prisée pour la fabrication du béton, la poldérisation ou le rechargement du littoral dans un contexte de raréfaction des carrières terrestres.


NLR

Publié le