AGENDAOU.fr Vivre en Rance-Émeraude
  1. Agendaou
  2. Actu
  3. Brèves

Coraux, mangroves, herbiers, laminaires accueillent 72% de biodiversité de plus que les milieux marins sableux ou rocheux

Tortue sur le tombant extérieur d’un récif de corail à Vairao,Tahiti – Crédit Olivier Dugornay, Ifremer

Coraux, mangroves, herbiers, laminaires… Les espèces dites fondatrices jouent un rôle essentiel dans la structuration des paysages sous-marins côtiers. C'est ce que vient de quantifier une étude publiée dans Biological Reviews.

Coraux, mangroves, herbiers marins: des microclimats sous-marins

Les écosystèmes marins côtiers abritent une biodiversité remarquable qui repose en grande partie sur des espèces fondatrices comme les coraux, les mangroves ou les herbiers marins. Ces habitats sous-marins jouent le rôle de refuge et de garde-manger pour de nombreuses espèces, contribuent à stabiliser leur environnement, en limitant les variations de température et l’acidification ou encore en atténuant l’énergie des vagues

Pour réussir à quantifier ce qu’apportent les espèces fondatrices pour la biodiversité côtière à l’échelle mondiale, une étude portée par l’Ifremer et l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), s'est appuyée sur 308 articles scientifiques internationaux.
Pour la toute première fois, l’apport des espèces fondatrices est chiffré: en moyenne, ces paysages sous-marins accueillent 72% de biodiversité de plus que les fonds marins sableux ou rocheux. L’étude souligne aussi que chaque espèce fondatrice héberge une faune qui lui est propre, renforçant ainsi son rôle irremplaçable dans la biodiversité côtière.

Comprendre le rôle unique de chaque espèce

Cette étude intervient alors que les espèces fondatrices ont connu une baisse généralisée au fil du dernier siècle, du point de vue de leur quantité et de leur diversité de structure, entraînant une chute de la biodiversité dépendante, et un appauvrissement des milieux.
En 2025, par exemple, 44% des espèces de coraux constructeurs de récifs et 50% des écosystèmes de mangrove figuraient sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)

La disparition de ces habitats mène à une homogénéisation des paysages sous-marins, compromet le fonctionnement des écosystèmes et favorise le développement d’espèces invasives.

Taille, volume, forme… Vingt-six catégories de caractéristiques des espèces fondatrices ont été identifiées pour décrire leurs propriétés physiques et biologiques et mieux appréhender le rôle unique de chaque espèce dans la vie des autres organismes. L'une des caractéristiques principales réside dans leur structure tridimensionnelle qui favorisent habitats, abris et possibilités d'implantation pour d'autres espèces.
Les forêts de laminaires fixées aux récifs offrent des surfaces d'attache pour les balanes, anémones, éponges, vers tubicoles et autres invertébrés. Les herbiers vont oxygéner les sédiments grâce à leurs racines, limitant le risque d’anoxie, la baisse du niveau d’oxygène dans l’eau.
D'autres espèces comme les éponges ou les vers marins -les hermelles par exemple-, contribuent, elles aussi, fortement à la diversité du vivant.

Les milieux côtiers restent mal connus et vulnérables. Notre synthèse démontre le rôle clé des espèces fondatrices dans le maintien de la biodiversité côtière mondiale. Face aux pressions humaines qui dégradent ces paysages, la compréhension fine de l’apport de ces espèces à leur milieu s'impose comme une clé essentielle pour anticiper les bouleversements écologiques à venir,
Thomas Benoit, premier auteur de l’étude réalisée lors de son doctorat à l’Ifremer.

Dans un contexte d’urbanisation du littoral, les mesures compensatoires comme les éco-blocs, ces cubes en béton insérés pour créer des flaques artificielles, pourraient être conçues en tenant compte des caractéristiques des espèces fondatrices locales. Inspirées par le biomimétisme, leurs formes pourraient reproduire les volumes de la faune et de la flore d’origine, ou intégrer des abris inspirés des habitats naturels.

Dans un contexte de tropicalisation, où les laminaires sont progressivement remplacées par des coraux, nous saurons évaluer plus précisément les gains et les pertes pour l’environnement. À plus long terme, face au changement climatique en cours, nous pourrons identifier en amont les espèces capables de remplacer celles amenées à disparaître, tout en assurant des fonctions écologiques similaires et une meilleure adaptation aux nouvelles conditions,
Martin Marzloff, coordinateur du projet de recherche Trident, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Publié le