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Commerce et crise sanitaire, on fait le point avec Véronique Raffray, élue de la CCI 35

Véronique Raffray, Directrice de Super U Pleurtuit et élue CCI 35 -AGENDAOU

Confinement#1, saison estivale, confinement#2, et un déconfinement dont la vision s’éloigne à mesure que l’on avance, quelle est la situation pour le commerce local?
Après deux semaines de confinement #2, AGENDAOU entame des entretiens avec des représentants du commerce.
Rencontre avec Véronique Raffray, gérante de Super U Pleurtuit et Plancoët, mais aussi élue et membre du bureau de la Chambre de Commerce et d’Industrie d'Ille et Vilaine.

Comment se passe cette année 2020 de crise sanitaire pour vos magasins et vos équipes?

V.R. :  Après plus d’une année de travaux, 2020 était attendue comme une année de renouveau. Nous nous attendions à une année plus sereine pour les équipes, mais l’histoire l’a voulu autrement. Lors de la première phase de confinement, nous avons été obligés de rester ouverts ce qui a créé beaucoup de tension dans les équipes .
L’entreprise a dû organiser différemment les temps de travail pour protéger les personnels, en privilégiant la concertation : mise en place des mesures barrières, de plexiglas de protection, difficulté d’approvisionnement en masques et gel (il a fallu un mois pour être équipé).
Nous avons fait de la prévention pour rassurer les équipes. Nous avons installé une 2e salle de pause pour que les employés qui restent manger sur place puissent le faire en sécurité.
Les équipes sont à présent rodées, « c’est rentré dans notre routine » et il y a énormément de solidarité entre les clients et les équipes.
Avoir un cas de Covid en entreprise reste notre appréhension majeure.


Avez-vous eu l'aide de structures externes pour l'organisation?

V.R. : Heureusement,  nous sommes épaulés par le groupe U et la CCI35 et nous sommes restés en contact avec l’ARS (Agence Régionale de Santé).

Avez-vous eu des difficultés d'approvisionnement?

V.R. : Nous avons été approvisionnés sans problème. Malgré cela, pour l’approvisionnement des rayons,  on s’est fait entraîner vers la rupture par un excès d’achat de certains produits [NDLR: on se souvient de la ruée vers le papier toilette] et le changement des pratiques à la maison.
Il y a eu une très bonne réponse du côté des producteurs de fruits et légumes très sollicités qui ont satisfait la demande de l’entreprise. En retour, nous nous sommes appliqués à les payer très rapidement.
Anecdote révélatrice, suite aux émissions culinaires, les équipes pouvaient anticiper sur les produits qui seraient en tension les jours suivants.

Que donnent les chiffres de ventes?

V.R. : Sans surprise, le chiffre d’affaire des SUPER U Pleurtuit et Plancoët est en hausse sur la première partie de l'année (d’autant que l’année précédente, à Pleurtuit, il avait baissé en raison de la période prolongée de travaux). Les maisons secondaires étant toutes ouvertes, les magasins de la côte en ont profité quand ceux situés en zones urbaines ont vu un fléchissement de leur activité.
Depuis une semaine, la fermeture des rayons dits  "non essentiels" entraîne une baisse du chiffre d’affaire et une agressivité parfois de clients qui vivent une frustration de liberté  et voient ces décisions comme une punition.

Et au niveau des autres commerces, en tant qu'élue CCI, quelle est votre vision globale?

Sans surprise après une embellie cet été notamment pour le secteur de l’hôtellerie-restauration, les prévisions en septembre-octobre se sont teintées de morosité: "pas d’événementiel, pas de groupes, pas d’étrangers et moins de télétravail qui avait attiré les populations urbaines sur nos côtes."
La situation est très compliquée aussi pour l’aéroportuaire et la Brittany Ferries qui ont pris de plein fouet le Brexit d’abord puis la quarantaine imposée au Royaume-Uni cet été.
La CCI 35 a mis en place une cellule de crise : kit pour les réouvertures, liste de fournisseurs de plexiglas, gel et masques, appel de plus de 700 entreprises dans le département -dont un bon tiers sur le bassin malouin- pour prendre des nouvelles et voir avec elles les aides possibles, lobbying auprès des bailleurs pour une baisse des loyers, travail auprès des banques pour étaler la dette.  Malheureusement, les commerces et l’hôtellerie-restauration ne sont pas aidés à hauteur de leurs besoins. Les assurances sont totalement absentes.

Quel est l'état d'esprit des professionnels dans cette période de grande incertitude?

Même s'ils gardent le moral, il y a beaucoup de questionnements. Pour ma part, je n’arrive à me projeter ni au niveau familial, ni au niveau professionnel. Pour nous, chefs d’entreprise, avoir des projets, c’est notre dada. Là, nous avons l’impression d’être devant un mur que l’on n’arrive pas à franchir. En septembre, on sentait pourtant que tout repartait…
Autre point important : ce ne sont pas les petits commerçants qui ont fait fermer les rayons des grands magasins mais les grandes enseignes. La question se pose de voir comment nous, grandes surfaces pouvons soutenir les petits commerces ? Peut-être en se faisant leur relais…


SUPER U Pleurtuit/Plancoët, une histoire familiale et de proximité
Repris en 2005, Super U Pleurtuit a bien grandi et compte aujourd'hui 150 salariés. A Plancoët, ce sont désormais 170 salariés (+40 depuis la reprise de l’entreprise familiale en 2010). Les employés sont à 80% domiciliés dans le bassin très proche (Tréméreuc, Pleurtuit, Pleslin).

Le lien avec les producteurs locaux
Tous les produits frais "métiers" sont approvisionnés localement : farine 100% bretonne pour le pain, les galettes et les crêpes, (y compris donc la farine de sarrasin), viande issue des Abattoirs Bretons et les produits de la mer de la Criée d’Erquy... Il y a une vraie volonté de s'approvisionner localement.


Propos recueillis par Nathalie Le Roy

Publié le