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Allons au Ciné avec Kévin Steinbacher! Cette semaine, ENNIO, AFTER YANG et ELVIS

Kévin Steinbacher, passionné de cinéma travaille à Emeraude Cinémas.
Régulièrement, il nous livre son regard de critique averti sur des films actuellement dans les salles.


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ENNIO

6 juillet 2022
Documentaire de Giuseppe Tornatore ( 2h 36min)
Par Giuseppe Tornatore
Avec Giuseppe Tornatore, Ennio Morricone, Bernardo Bertolucci

La vie et l’œuvre complète du plus grand compositeur de cinéma du XXe siècle. L’Italien Guiseppe Tornatore réalise avec « Ennio » un documentaire passionnant sur un génie possédé par la musique et torturé par le manque de reconnaissance de la profession.
De ses huit ans et de la volonté de son père qu’il soit trompettiste, à son Oscar pour « Les huit salopards » de Quentin Tarantino, le film retrace toute la carrière d’Ennio Morricone mais également celle de la culture Italienne.
Des premiers films en tant qu’artiste dans un orchestre, à ses essais expérimentaux ou encore les écritures de chansons populaires Italiennes ou sa façon de travailler à l’écriture de superbes morceaux, « Ennio » illustre le génie du compositeur à travers des documents rares et des interviews passionnantes peuplées d’images fabuleuses.
Comment ne pas être conquis en retrouvant des extraits de films comme « Le bon, la brute et le truand », « Le clan des Siciliens », « Mission » ou encore « Les Incorruptibles » dans une remastérisation flamboyante accompagnée des thèmes les plus prestigieux du compositeur.
Les interviews de grands acteurs de la profession cinématographique parlent du «Maestro» avec respect et élégance.
Des réalisateurs comme Dario Argento, Quentin Tarentino, de compositeurs comme Hans Zimmer ou John Williams ou encore de vieux briscards qui ont connus la belle époque comme Clint Eastwood ou ses amis du conservatoire évoquent des souvenirs et une œuvre titanesque.
Bien évidemment le film est aussi une longue discussion avec le « Maestro » quelques temps avant son départ et Ennio Morricone se livre comme jamais.
De son œuvre à son ressenti avec émotion, humour et son amour pour ceux qui lui ont tout appris.
Jamais un compositeur n’aura autant changé le monde du cinéma qu’Ennio Morricone. Créant des thèmes avant-gardistes et d’une envolée saisissante, le «Maestro» n’en finira pas de marquer les générations de cinéphiles.
Malgré tout, deux petits bémols surviennent comme le décès de Sergio Leone qui n’est pas évoqué malgré de longues et superbes séquences sur l’amitié entre les deux hommes et le thème « Chi Mai » du film « Le Professionnel » qui ne sera même pas cité tout en étant pourtant (du moins pour notre pays) un classique de la musique de film. Néanmoins il est difficile de tout évoquer dans une filmographie aussi riche que celle-ci.

Un documentaire testament sur un personnage iconoclaste et intemporel du cinéma, un génie amoureux de la musique et mésestimé par la profession mais dont l’amour du public et de ses pairs auront raison de tout le reste.
Tout simplement magistral.
Kévin Steinbacher

AFTER YANG

6 juillet 2022 
Science fiction de Kogonada (1h 36min)
Par Kogonada, Alexander Weinstein
Avec Colin Farrell, Jodie Turner-Smith, Malea Emma Tjandrawidjaja

Une parabole humaniste et contemplative sur la technologie de demain, d’une douceur et d’une justesse sincère.
Dans un futur proche, chaque foyer à un robot chez soi : un techno-sapiens. Mais lorsque celui de la famille tombe en panne, il est évident que Yang était bien plus qu’un simple serviteur mais un élément important pour la petite Mika et ses parents.
Réflexion métaphysique et philosophique sur nos rapports androïdes/humains, «After Yang» est une magnifique parabole sur l’existence.
Doté d’une réalisation contemplative et d’une mise en scène particulière, ce film de Kogonada ne laisse aucunement différent. Commençant comme un simple portrait de famille, le film s’étire vers une philosophie touchante et intimiste.
Le spectateur découvre une famille éclectique aux horizons bien différents : un homme spécialisé dans les saveurs du thé, une femme d’affaire et peu présente, une fille adoptée asiatique et son compagnon, un androïde (le fameux Yang) fait pour la comprendre et lui apporter une écoute particulière.
Cette famille qui semble désunie mais dont chaque membre est d’une importance capitale pour maintenir l’équilibre s’effritera lorsque Yang ne marchera plus. A la recherche d’une façon de le réparer, le père découvrira que ce robot acheté par utilité s’avèrera bien plus important que prévu et c’est là toute la différence des autres films du genre.
Un robot peut-il rêver ? Espérer ? Mentir ou bien confier ses sentiments ? Un robot souhaite-il devenir humain ou se suffit-il à sa propre condition ? Tant de questions philosophiques que nous pourrions nous poser et dont certaines trouveront une réponse.
Colin Farrell est d’une douceur et d’une justesse à toute épreuve. Son choix de carrière alternant films d’auteur et grand public en font un acteur à part dans le système hollywoodien et prouve une fois de plus son immense talent.

Intimiste, contemplatif et humainement puissant, « After Yang » est une réussite visuelle et scénaristique.
Kévin Steinbacher

ELVIS

22 juin 2022 
Biopic musical de Baz Luhrmann 2h 39min
Par Baz Luhrmann, Jeremy Doner
Avec Austin Butler, Tom Hanks, Olivia DeJonge

Un biopic aussi puissant et mythique que la légende à laquelle il offre un regard onirique.
A travers le regard du mystérieux Colonel Parker qui deviendra son manager, Elvis Presley, jeune homme de Memphis deviendra une star planétaire, une légende. De son adolescence à sa mort, Elvis aura tout connu, une Amérique conservatrice, le succès, les déboires, le deuil, l’amour mais surtout la musique.
Pour son nouveau film Baz Luhrmann s’attaque à la plus grande légende de la musique : Elvis Presley et se l’approprie en lui déclarant un amour infini.
Loin du biopic classique, « Elvis » montre à travers les yeux de son producteur à la fois véreux et paternaliste la montée d’un jeune homme à travers les étoiles. Muni d’un montage épileptique parfois brouillon et rapide à l’excès (si cher au cœur de son réalisateur), le film s’offre une énergie communicative et un rythme effréné qui ne trouvera une fin qu’aux dernières minutes du générique deux heures quarante minutes plus tard.
D’une jouissance visuelle et musicale « Elvis » est une œuvre nerveuse et particulièrement clinquante où les orchestrations et le montage/mixage du son sont particulièrement aboutis.
L’oreille est sans cesse en alerte grâce à un fond musical omniprésent et parfois de simples notes suffisent à parler d’elles-mêmes. Niveau visuel les costumes des vingt années évoquées collent Elvis Presley à la peau et permettent de se retrouver facilement dans la temporalité de son existence.
Austin Butler fait face à Tom Hanks et les deux hommes apportent un talent indéniable. Le premier incarne totalement Elvis Presley. Si au niveau du visage, il ne lui ressemble pas forcément, c’est plutôt au niveau de la gestuelle et de la tonalité de la voix que tout se joue. Butler aura mis d’ailleurs trois ans à peaufiner son rôle et à étudier « Le King » sous toutes ses coutures. Énergique et dégageant une intense chaleur sexuelle, Austin Butler montre l’aura que pouvait dégager Elvis Presley auprès de la gente féminine mais également auprès de ses collaborateurs. En total opposition, Tom Hanks, incarne le producteur, le Colonel Parker, un homme au passé mystérieux qui fera de Presley sa marionnette tout en l’emmenant en haut de l’affiche. Parfois touchant et souvent détestable, ce personnage ventripotent à la langue bien pendue fera partie de la légende. Tom Hanks livre ici une de ses meilleures performances depuis plusieurs années.
« Elvis » est certes un biopic musical mais également une satire politique et l’omniprésence de l’Amérique puritaine et ségrégationniste accompagnant Elvis tout au long de sa carrière montre un pays en proie au racisme et à la violence. Du meurtre de Martin Luther King à celui de Robert Kennedy, de la dénonciation de la perversion de la jeunesse à une danse sexualisée, tout ce que représentera Elvis Presley dérangera le bien-pensant. Souvent bridé au long de sa carrière pour plaire au maximum, Elvis craquera et montrera que l’amour de son public et de la musical seront plus forts que tout le reste.
Évidemment le film est l’histoire d’une légende mais surtout d’un homme qui aura perdu pied par amour pour sa musique.
D’une scène de son adolescence où nous le découvrons en transe à son dernier concert où il interprètera « Unchained Melody », Elvis aura été tout à la fois : Chanteur, militaire, acteur, vedette de télévision, oiseau en cage, fils, mari et père.
Homme sans cesse sollicité et manipulé tout au long de sa vie, Elvis Presley doutant de son empreinte dans l’Histoire est pourtant la plus grande légende du monde de la musique en étant l’artiste ayant vendu le plus d’albums.

Un biopic d’une puissance visuelle, musicale et narrative qui emmène le spectateur dans le tourbillon d’une légende.
« Elvis » montre également à quel point découvrir un film en salle est une justification légitime et peut offrir un orgasme cinématographique.
Kévin Steinbacher

Publié le